De la trésorerie sécurisée au private equity : comment dynamiser la poche long terme de votre holding
Vous avez structuré votre trésorerie. Une poche liquide en fonds monétaire, une poche sécurisée en compte à terme (CAT). C'est bien. Mais si une partie de cette trésorerie n'a pas vocation à être utilisée avant 4, 5 ou 7 ans, cette poche dort à un rendement qui ne reflète pas son horizon réel.
C'est précisément l'objectif de cet article : expliquer comment les holdings, SCI, TPE, PME qui disposent d'une trésorerie excédentaire à horizon long peuvent accéder au private equity pour dynamiser cette poche, sans toucher aux poches sécurisées qui restent en CAT ou en fonds monétaire.
Vous avez un CAT/DAT pour votre entreprise. Et après ?
Le compte à terme (CAT) est le placement de référence pour la poche sécurisée de la trésorerie d'entreprise. Taux fixe garanti, capital protégé par le FGDR, rendement jusqu'à 3,10%/an en 2026 : c'est le bon outil pour les fonds dont vous aurez besoin dans 63 à 24 mois.
Mais toutes les entreprises n'ont pas une trésorerie entièrement à court terme. Une holding patrimoniale qui remonte régulièrement des dividendes dispose souvent de fonds qu'elle n'a pas vocation à utiliser avant 5 ou 7 ans. Une SCI qui attend le bon moment pour un nouvel investissement immobilier peut avoir plusieurs centaines de milliers d'euros disponibles sur 4 ans. Une PME mature dont le résultat s'accumule année après année constitue progressivement une poche de trésorerie structurellement excédentaire.
Pour ces fonds à horizon long, le CAT est sous-optimal. Non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il ne capte pas le prime de risque que l'entreprise pourrait obtenir en échange d'une durée d'immobilisation plus longue. Un capital que vous n'avez pas besoin de toucher pendant 5 ans mérite mieux qu'un taux à 3%/an.
Pourquoi la poche long terme mérite un traitement différent
La trésorerie d'une entreprise n'est pas monolithique. Elle se décompose en trois poches avec des horizons et des contraintes différentes.
La poche court terme (0 à 12 mois) est la trésorerie opérationnelle et les réserves de précaution. Elle doit être liquide et sans risque : fonds monétaire (J+1) ou CAT court terme. C'est la poche sur laquelle on ne transige pas.
La poche moyen terme (12 mois à 4 ans) est la trésorerie stable dont on n'a pas besoin immédiatement mais qui peut être mobilisée sur un horizon défini. CAT moyen terme ou fonds obligataires : rendement cible de 3% à 4%/an avec un risque maîtrisé.
La poche long terme (4 ans et plus) est la trésorerie structurellement excédentaire, celle que l'entreprise sait ne pas avoir besoin de toucher sur un horizon long. C'est sur cette poche que le private equity devient pertinent, en échange d'une immobilisation plus longue et d'un profil de risque différent.
La majorité des entreprises qui n'ont structuré que les deux premières poches laissent la troisième sur un compte courant ou sur un CAT renouvelé mécaniquement, sans vraiment réfléchir à l'horizon réel de ces fonds.
Le private equity pour une entreprise ou une holding : comment ça fonctionne ?
Le private equity (PE) est un investissement dans des entreprises non cotées en bourse. Une société investit dans un fonds (FCPR, FPCI, SCR ou SLP selon la structure juridique) qui déploie le capital dans un portefeuille de PME non cotées sur une durée de 5 à 10 ans.
Pour une personne morale (holding, SARL, SAS, SCI), le PE est accessible via des souscriptions à des fonds collectifs depuis quelques dizaines de milliers d'euros. C'est très différent de l'investissement en direct dans une startup ou une PME : le fonds apporte la diversification, la sélection des cibles et la gestion opérationnelle.
La mécanique des appels de fonds
Contrairement à un CAT où vous immobilisez la totalité du capital le jour J, un fonds de private equity fonctionne par appels de fonds progressifs. Vous souscrivez pour 200 000€, mais le fonds n'appelle les capitaux que progressivement sur 3 à 5 ans, selon ses opportunités d'investissement.
Cela signifie que les fonds en attente d'appel restent dans votre holding ou votre société pendant toute la période de déploiement. Ces fonds peuvent et doivent être placés en attendant, idéalement en fonds monétaire (liquidité J+1) pour rester disponibles à tout moment quand l'appel de fonds intervient.
La courbe J
Les fonds de private equity suivent une "courbe en J" caractéristique : les premières années, les frais de gestion et les investissements en cours de maturité tirent le rendement vers le bas, puis les cessions et distributions remontent le rendement vers le haut à partir de la 4e ou 5e année. C'est pourquoi l'horizon minimum recommandé est de 5 ans : sortir avant crée une moins-value potentielle.
CAT vs private equity : quel rendement sur 5 ans ?
Voici une comparaison illustrative pour une holding qui place 200 000€ sur 5 ans dans deux scénarios.
Scénario A : 200 000€ sur CAT renouvelés tous les 12 mois à 3%/an
Scénario B : 200 000€ sur un fonds de private equity (TRI cible 8-10%/an)
Les fonds de private equity affichent historiquement des TRI (Taux de Rendement Interne) cibles de 8% à 12%/an sur les fonds bien sélectionnés. Sur 200 000€ à 10% de TRI sur 5 ans, le gain brut estimé est de l'ordre de 122 000€, soit environ 61% de gain total. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et la perte en capital est possible.
La comparaison n'a pas pour objectif de remplacer le CAT par du private equity. Ces deux produits répondent à des besoins différents et sont complémentaires. L'objectif est d'identifier la partie de votre trésorerie qui n'a pas besoin de la sécurité du CAT et qui peut bénéficier du potentiel de rendement du non-coté.
Fiscalité du private equity pour une personne morale à l'IS
Pour une holding, une SARL, une SAS ou une SCI à l'IS, les revenus et plus-values générés par des parts de fonds de private equity (FCPR, FPCI) sont soumis à l'IS selon les règles suivantes.
Les distributions en cours de vie du fonds (intérêts, dividendes remontés par les sociétés du portefeuille) sont intégrées au résultat imposable à l'IS de l'exercice de distribution.
Les plus-values à la liquidation du fonds sont imposées à l'IS au taux de droit commun. Exception notable : les FCPR dits "fiscaux" permettent, sous conditions, une exonération des plus-values pour les personnes morales (article 163 quinquies B du CGI). Ce régime fiscal avantageux est l'un des arguments supplémentaires pour sélectionner des fonds FCPR fiscaux plutôt que des FCPR contractuels.
Le dispositif 150-0 B ter : pour les holdings ayant structuré un apport-cession, les fonds de PE éligibles (FCPR, FPCI, SCR, SLP) peuvent compter dans l'obligation de réinvestissement de 70% du produit de cession. Les titres doivent être conservés 5 ans. C'est un double avantage : maintenir le report d'imposition tout en accédant aux rendements du non-coté.
À partir de quand et combien allouer au private equity ?
Deux conditions doivent être réunies avant d'envisager une allocation en private equity sur la trésorerie d'entreprise.
Condition 1 : disposer d'une poche sécurisée et liquide suffisante
Avant d'immobiliser du capital en private equity, il faut s'assurer que la trésorerie opérationnelle (besoins courants, IS dû, dividendes prévus, investissements planifiés) est couverte par des poches liquides et sécurisées. Le private equity ne doit porter que sur la fraction de trésorerie dont vous êtes certain de ne pas avoir besoin avant l'horizon du fonds.
Condition 2 : un horizon minimum de 4 à 5 ans
Les fonds de private equity ont des durées de vie de 7 à 10 ans, avec des périodes d'investissement de 3 à 5 ans suivies de périodes de cession. Un retrait anticipé dépend des caractéristiques du fonds. Certains fonds fermés classiques ne permettent pas de sortie avant leur liquidation. D'autres structures, comme les fonds Evergreen, proposent des fenêtres de liquidité mensuelles ou trimestrielles qui offrent plus de flexibilité, sans pour autant garantir une liquidité immédiate dans tous les cas. L'horizon minimum recommandé pour une allocation en PE est de 4 à 5 ans, idéalement 7 à 10 ans pour bénéficier pleinement des cycles de valorisation.
Quelle part de la trésorerie allouer ?
Il n'existe pas de règle universelle. La pratique commune chez les holdings et les PME qui structurent une allocation multi-poches consiste à limiter le private equity à 10% à 25% de la trésorerie totale excédentaire. C'est la poche la plus petite, la moins liquide et la plus risquée mais potentiellement la plus rémunératrice sur la durée.
Pour une holding avec 1 million d'euros de trésorerie excédentaire, une allocation de 15% en private equity représente 150 000€, soit un ticket accessible sur la plupart des fonds de qualité aujourd'hui disponibles dès 20 000€ à 50 000€.
Trésorerie en attente d'appel de fonds : comment la gérer
C'est le point pratique le plus souvent négligé. La grande majorité des fonds de private equity fonctionne par appels de fonds progressifs : vous souscrivez pour 150 000€, mais le fonds n'appelle les capitaux que progressivement sur 3 à 5 ans, selon ses opportunités d'investissement. Le premier appel est souvent de 20% à 30% du montant souscrit, les suivants intervenant au fil des acquisitions réalisées par le fonds.
Certains fonds, comme les structures Evergreen, fonctionnent différemment : la souscription se fait en one-shot, l'intégralité du capital est appelée dès l'entrée. Dans ce cas, la question de la trésorerie en attente ne se pose pas.
Pour les fonds à appels progressifs en revanche, les montants en attente ne doivent pas rester sur un compte courant à 0%, mais ils ne doivent pas non plus être immobilisés sur un CAT long terme qui pourrait ne pas être disponible quand l'appel de fonds arrive.
La solution recommandée : fonds monétaire. Liquidité quotidienne (J+1), rendement ~2,20%/an, zéro risque de blocage. Vous restez disponible à tout moment pour honorer les appels, tout en générant un rendement sur les fonds en attente.
Sur 105 000€ en fonds monétaire pendant 3 ans à 2,20%/an, c'est environ 6 930€ de revenus supplémentaires générés sur des fonds qui attendaient simplement leur déploiement.
L'allocation multi-poches complète pour une holding, SCI ou PME
Voici la structure type recommandée pour une holding avec 800 000€ de trésorerie excédentaire.
Hedg : du CAT au private equity, depuis une seule plateforme
Hedg accompagne les holdings, TPE, PME ou encore SCI dans la structuration de leur allocation de trésorerie, du placement le plus sécurisé au plus dynamique. La plateforme donne accès à la gamme complète depuis un espace unique : fonds monétaires, CAT/DAT auprès de plus de 50 banques partenaires, fonds obligataires, CTO, SCPI et private equity, aussi bien des fonds classiques à appels progressifs que des fonds Evergreen pour les structures qui souhaitent déployer leur capital en one-shot.
Chaque entreprise est accompagnée par un conseiller financier CIF qui définit l'allocation adaptée à sa situation : montants disponibles, horizon de chaque poche, contraintes de liquidité et tolérance au risque.
FAQ - private equity et trésorerie d'entreprise
Le private equity est-il accessible à une TPE/PME ou une holding ?
Oui. Une holding (SAS, SARL, SA), une SCI ou une TPE/PME peut investir en private equity via des fonds collectifs (FCPR, FPCI, SCR, SLP) accessibles dès 20 000€. Ces véhicules permettent d'accéder au non-coté avec une diversification sur un portefeuille de PME sans avoir à investir directement dans une société. Les fonds sont souscrits au nom de la personne morale et les revenus sont soumis à l'IS.
Quelle différence entre un CAT et le private equity pour une entreprise ?
Le CAT est un dépôt bancaire à taux fixe garanti, capital protégé par le FGDR, liquidité sous 32 jours. C'est le placement de la poche sécurisée. Le private equity est un investissement dans des entreprises non cotées via un fonds, avec un potentiel de rendement bien supérieur (TRI cible 6-12%) mais une immobilisation de 5 à 10 ans, un risque de perte en capital réel et des appels de fonds progressifs. Les deux sont complémentaires et ne répondent pas aux mêmes besoins.
Quelle part de la trésorerie allouer au private equity ?
La pratique courante est de limiter le private equity à 10% à 25% de la trésorerie excédentaire totale. C'est la poche la plus petite de l'allocation, uniquement sur des fonds dont l'entreprise est certaine de ne pas avoir besoin avant l'horizon du fonds (5 à 10 ans). Les poches opérationnelles et de réserve doivent rester intégralement en fonds monétaires et CAT/DAT.
Quel rendement espérer sur le private equity pour une personne morale ?
Les fonds de private equity affichent des TRI (Taux de Rendement Interne) cibles de 6% à 12%/an sur les millésimes bien sélectionnés. Ces rendements ne sont pas garantis et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La perte en capital est possible. Sur 200 000€ à TRI de 10% sur 5 ans, le gain brut estimé est de l'ordre de 122 000€, à comparer aux 30 000€ bruts d'un CAT à 3%/an sur la même période.
Comment fonctionne la fiscalité IS sur le private equity pour une holding ?
Les distributions et plus-values des fonds de PE sont imposées à l'IS au taux de droit commun (25%). Certains FCPR dits "fiscaux" permettent une exonération des plus-values pour les personnes morales sous conditions (article 163 quinquies B du CGI). Pour les holdings ayant structuré un apport-cession (150-0 B ter), certains fonds FCPR/FPCI éligibles peuvent compter dans l'obligation de réinvestissement de 70%, avec une durée de conservation de 5 ans.
Comment gérer la trésorerie en attente entre les appels de fonds ?
Les fonds en attente d'appel doivent rester mobilisables à tout moment pour honorer les appels progressifs du fonds. Le fonds monétaire est la solution recommandée : liquidité quotidienne (J+1), rendement ~2,20%/an, zéro risque de blocage. Sur 100 000€ en fonds monétaire pendant 3 ans, c'est environ 6 600€ de revenus supplémentaires générés sur des fonds qui attendaient leur déploiement. Si vous préférez éviter cette gestion intermédiaire, une alternative existe : les fonds Evergreen. Contrairement aux fonds classiques à appels progressifs, les fonds Evergreen se souscrivent en one-shot, l'intégralité du capital est investie dès l'entrée, sans attente ni appels de fonds ultérieurs. Ce format simplifie la gestion de trésorerie et convient aux structures qui souhaitent déployer leur capital immédiatement sans gérer une poche en attente.
Conclusion
Le CAT est un excellent placement pour la poche sécurisée et le moyen terme. Il ne l'est pas pour des fonds que vous savez pouvoir immobiliser pendant 5 à 10 ans. Si une partie de votre trésorerie excédentaire a un horizon réel de 5 ans ou plus, le private equity mérite d'être considéré comme une poche distincte, avec un potentiel de rendement significativement supérieur en échange d'une moindre liquidité et d'un risque de perte en capital.
L'approche n'est pas de substituer le PE au CAT, mais d'identifier quelle fraction de votre trésorerie appartient réellement à la poche long terme, et d'optimiser le rendement de cette poche en conséquence. C'est la question que la plupart des dirigeants et DAF n'ont pas encore posée.
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Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement, comptable ou fiscal. Les situations patrimoniales et fiscales variant d'une structure à l'autre, nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine ou un conseiller en investissements financiers agréé AMF avant toute décision.







